"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui regardent et laissent faire !" Albert Einstein

Quel est le prix écologique d’internet ?


Le data center de Bing Maps


Si Internet est le monde du virtuel, de l’impalpable et de l’invisible, il n’en n’est pas moins bien réel. Tout comme vous devez stocker une photo sur votre ordinateur ou sur une clé USB pour la voir, vous êtes-vous déjà demandé où étaient stockés les films que vous regardez en streaming sur Netflix ? Les data centers, ces bâtiments où se trouvent les milliers de serveurs à travers le monde, stockent vos mails et pièces jointes, les informations visibles sur ce site internet ou encore vos vidéos de chatons préférées sur YouTube. Et ces données ont un poids bien physique et un coût écologique pour notre planète.

D’abord en électricité, ne serait-ce que pour les mettre en route et les faire fonctionner, ensuite pour les refroidir car ces grosses machines chauffent à une vitesse folle ! Selon les estimations récentes de l’Ademe, l’Agence de l’Environnement et la maîtrise de l’énergie, le secteur de l’informatique consomme 7 % de la production mondiale d’énergie et ce chiffre ne cesse d’augmenter chaque année. Cela n’est pas étonnant lorsque l’on sait qu’un data center, notamment à cause de sa grosse climatisation, consomme en un jour l’équivalent de la consommation d’une ville de 30 000 habitants.

Si les militants écologistes pointent bien souvent du doigt le spam que vous avez oublié de supprimer de votre boîte mail, c’est tout simplement parce que cet exemple est édifiant. Toujours selon une estimation de l’Ademe, l’envoi d’un mail avec pièce jointe équivaut à la consommation d’une ampoule pendant une heure, soit environ 24 watts, et 5 watts pour un mail sans pièce jointe. On évalue le nombre de mail envoyé chaque année à plus de 500 milliards à travers le monde, spams compris.

On peut ajouter à cela les quelques 3,3 milliards de recherche Google par jour : pour vous faire une idée : je souhaite aujourd’hui me rendre sur mon site préféré. Je vais donc chercher sur ce site sur Google, ma requête activera un serveur en Chine qui me renverra lui-même chez un serveur européen.

Selon les chiffres de Google, chaque recherche a un coût énergétique d’environ 0.0003 kWh. Ainsi, toutes les recherches confondues donnent environ un résultat de 990 000 kWh. Si l’on ajoute à cela les quelque 500 millions de recherches inédites par jour que Google reçoit et qui consomme donc plus d’énergie, on a vite le tournis !

Ajoutez à cela vos vidéos préférées, votre dernier Snap, vos photos Instagram… Bien entendu, le but n’est pas ici d’accuser qui que ce soit de polluer la planète avec une photo de son animal de compagnie, principalement parce que les premiers responsables restent les grandes sociétés qui sont encouragées de faire des efforts quant à leur consommation d’énergie, notamment en favorisant les data centers américains ou européens, alimentés avec des énergies plus propres qu’en Chine ou le charbon reste la norme.

Extrait du rapport de Greenpeace sur les bons élèves de l’écologie numérique


Bien entendu, les professionnels travaillent déjà d’arrache-pied pour réduire le coût écologique d’internet. L’objectif principal est d’optimiser la compression des données. En effet, si les données partagées, qu’il s’agisse de photos, de vidéos ou de texte, pèsent moins lourd, les besoins de stockage seront réduits. De plus, les énergies renouvelables sont aussi de la partie avec des entreprises du web de plus en plus écolos !

Greenpeace publiait en janvier son rapport annuel sur cette question et les géants Facebook ou Google arrivent en tête avec respectivement 67 % et 56 % de leurs ressources énergétiques utilisées provenant d’énergies renouvelables. Les plus mauvais élèves étant plutôt les sites de commerce en ligne comme Amazon, les sites de streaming comme Netflix ou Vevo ou encore certains réseaux sociaux comme Twitter.

A une échelle plus modeste mais beaucoup plus ambitieux, de nombreuses start-ups voient la technologie en vert en proposant des initiatives révolutionnaires. A Bordeaux par exemple, des petits malins avaient eu l’idée de chauffer des logements sociaux avec des serveurs intelligents qui stockent des données. Ces mini data centers permettent également de faire gagner de l’argent à la ville.

C’est l’une des initiatives principales de la « Troisième Révolution Industrielle » lancées à Lille en 2013. Ce projet pharaonique a pour objectif de faire entrer la région des Hauts-de-France de plein pied dans le 21e siècle avec plus de 700 initiatives principalement autour des nouvelles technologies à travers le prisme de l’écologie et de l’économie verte.

A votre échelle aussi tout est possible ! Tout d’abord, commencez par trier vos mails, sur les 15 Go de données que proposent certains services de messagerie comme Google, une grande partie est souvent réservée aux spams et autres mails chargés de pièces jointes pas toujours importantes. Le nettoyage de printemps peut donc aussi se faire sur la toile !

Certains sites comme Unroll.me proposent aussi de vous aider à vous désabonner de newsletter encombrante. D’autres sites comme Deseat.me proposent aussi de vous aider à supprimer vos vieux comptes oubliés sur le web en se connectant à votre adresse mail. Car oui, votre vieux compte Skyrock ou Yahoo prend de la place sur le web, il est également préférable d’avoir une barre de favoris bien remplie pour éviter de demander de l’aide à Google trop souvent. Un internet plus écologique est à la portée de tout le monde.

Salim Berkoun

Google mémorise les déplacements de ses usagers... à leur insu


L'agence de presse AP a publié le rapport d'une enquête qui démontre comment Google parvient à stocker les données géographiques de ses utilisateurs, même si ceux-ci désactivent le paramètre de géolocalisation de leur téléphone.

Autorisez-vous Google à vous «pister», même déconnecté ? Selon une enquête menée par l'agence de presse Associated Press (AP), publiée sur son site le 13 août, le géant américain du net n'aurait pas de scrupules à enregistrer les déplacements de ses usagers, y compris de ceux qui pensent se prémunir d'une telle pratique en désactivant l'option de géolocalisation.

En effet, après avoir désactivé l'option géolocalisation de son téléphone pendant plusieurs jours, un journaliste de AP a réalisé que l'historique des lieux dans lesquels il s'était rendu avait été stocké, un constat que partagent les ingénieurs informatiques du centre de recherche de Princeton...

Mises à jour automatiques, cookies : les petits espions du quotidien...

Si, afin de pouvoir utiliser l'application Google Maps, celle-ci vous demande l'autorisation d'accéder à votre emplacement, enregistrant ainsi l'historique de vos mouvements quotidiens, elle vous explique par ailleurs que vous pouvez désactiver cet historique à tout moment pour annuler le stockage de telles données. Mais, comme le démontre le rapport de l'enquête menée par AP «certaines applications Google continuent d'enregistrer automatiquement les données de localisations horodatées, sans en demander la permission». C'est notamment le cas lors de mises à jour automatiquement effectuées par Android sur votre téléphone mobile ou encore lorsque vous naviguez sur des sites utilisant les «cookies» (petits fichiers stockés sur l'appareil de l'internaute qui permettent aux développeurs de sites web de conserver des données de navigation).

Par ailleurs, AP explique que si vous ouvrez Google Maps, même en ayant désactivé la géolocalisation, Google stocke un instantané de votre position.

Le rapport affirme que ce problème de confidentialité touche environ deux milliards d’utilisateurs Android et des centaines de millions d’utilisateurs Apple.

Comment préserver sa confidentialité ?

Contacté par AP, le service de communication du géant du web explique que les avantages de la géolocalisation sont nombreux mais que Google fournit aux utilisateurs une description précise de ses outils et de la façon de les contrôler pour qu'ils puissent «éteindre [ces outils de géolocalisation] et supprimer les données stockées à tout moment».

Ainsi, face aux problématiques de confidentialité générées par ses outils, Google affirme qu'en accédant au paramètre «informations personnelles et confidentialité», l'utilisateur peut choisir de désactiver l'option «Activité sur le web et les applications» dans le menu «Gérer votre activité Google». Une démarche qu'il peut par ailleurs effectuer application par application.

L'enregistrement des données : un business juteux ?

Après avoir contacté l'analyste géospatial d'une entreprise de technologies publicitaires, AP explique que suivre l’emplacement de ses utilisateurs pourrait permettre à Google d’augmenter ses revenus publicitaires. «Ils créent des informations publicitaires à partir de données», affirme ainsi l'analyste Peter Lenz.

Depuis 2014, Google permet aux annonceurs de suivre l'efficacité des annonces en ligne, une fonctionnalité notamment liée à l'historique de localisation des internautes.

Par ailleurs, lors du sommet Google Marketing Live de juillet, le géant du web a dévoilé un nouvel outil appelé «campagnes locales», dont le concept consiste à stimuler les visites en magasin à travers les annonces en ligne.