"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui regardent et laissent faire !" Albert Einstein

Surface 3 de Microsoft: demi-tour, on s'ouvre!


Fidèle à sa réputation d’entreprise qui tâtonne beaucoup en plein jour avant de marquer l'essai, Microsoft lance jeudi Surface 3, une version grand public de sa gamme de tablettes. Par rapport à ses rivaux de même taille (10 pouces), iPad compris, Surface conserve trois atouts: un volet bien pensé à son dos qui lui permet d’être posé sur une table sans devoir lui greffer un accessoire et la possibilité de lui connecter un clavier par aimantation, qui ne requiert ni piles, ni liaison sans fil (bluetooth) pour fonctionner. Enfin, divers connecteurs, dont un emplacement pour ajouter une carte mémoire microSD, et une prise USB, viennent compléter l’attelage.

 La Surface 3 à bout de bras. Le nouveau format d'écran 3:2 rend la lecture en mode vertical plus praticable.
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 C'est beau un clavier qui brille la nuit.
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 La Surface 3 et son clavier «Type Cover».
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Les mêmes séparés.
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Les nouveautés

Parmi les nouveautés, on constate une modification du rapport hauteur largeur de l’écran (3:2) qui un compromis entre le format 16:10 (trop étroit) des anciens modèles et le 4:3, plus carré, adopté par l’iPad. Le principal avantage de ce ratio est de rendre plus pratique un usage vertical. Microsoft a aussi judicieusement abandonné le connecteur propriétaire pour la recharge au profit d’une prise Micro USB bien plus commune.

Mais la principale nouveauté de cette version grand public du Surface Pro 3 (lire ci-contre) est d’avoir rendu la tablette compatible à 100% avec les logiciels Windows, d’où qu’ils viennent. Sur les modèles précédents, faute du processeur compatible, ne tournaient que les applications spécifiquement développées pour Surface. Cela limitait singulièrement ses possibilités compte tenu d'un «store» géré par le géant américain qui n'a jamais atteint sa taille critique.

100% Windows

Fort de ces changements judicieux, la Surface 3 est devenue une tablette qui ne paraît plus être au rabais face à l’iPad et aux ardoises Android (Samsung et autres). Et qui devient un vrai PC dès qu’on lui greffe son clavier. A ce stade, on ne peut que regretter que ce clavier, baptisé «Type Cover» par Microsoft, reste un accessoire vendu à part alors qu’il fait partie de l’ADN de la machine. La prix d’appel de 579 francs relativement attractif pour cette catégorie de produit, devient ainsi plus problématique lorsqu’on lui ajoute les 150 francs réclamés pour un clavier au demeurant excellent et lumineux. Cela reste certes raisonnable lorsqu’on a l’iPad dans le collimateur mais beaucoup moins face à la pléthore de machine portables bon marché qui font de l’œil aux bourses plates. La Surface conserve donc toujours sur ce point le cul entre deux chaises.

Et joueuse avec ça

A l’usage, cette Surface 3 fait son office. Moins puissante que le modèle Pro, certes, mais plus autonome (10 heures max), la tablette avale à satisfaction les applications les plus courantes. Surf sur internet, audio et vidéo, petite bureautique sont à l'aise. Bien que non taillée pour les gros jeux vidéo qui font la force du PC, nous avons pu constater qu’elle s’en sortait pourtant plutôt bien avec des logiciels que nous ne pensions pas voir tourner à ce niveau de qualité. Ce fut le cas notamment avec «Bioshock Infinite» (gros jeu d’action en 3D) et, malgré une animation moins fluide, avec «Batman - Arkham Asylum » (idem). Voilà qui est rassurant quant aux capacité de calcul de la machine.

Sur le plan ergonomique, on reconnaîtra les pas de géants effectués par Microsoft avec un Windows (version 8.1) taillé aussi bien pour un usage en mode tactile qu’en mode PC. La fusion n’est cependant pas encore parfaite et les machines qui ne tentent pas le grand écart s'en sortent toujours mieux en terme de simplicité d’usage. Il faudra attendre l’arrivée de Windows 10, cet été probablement, pour vérifier si de nouveaux progrès auront été réalisés en ce domaine. Cela dit, le régime infernal des mises à jour imposé par Windows agace tout autant que sur un vrai PC. Enfin, d’un point de vue esthétique, la tablette de Microsoft séduit en terme de finition mais nous parait comparativement encore un tantinet pataude dans sa forme, son épaisseur surtout. Le poids? C’est indéniablement mieux.

En deux mots

Au final, la Surface est devenue cette fois un peu plus qu'une alternative à ceux qui cherche un outil de travail et de divertissement adapté à un usage nomade. Son stylet (accessoire vendu à part) n’a d’intérêt que dans des cas très particuliers mais a le mérite d’exister.

Résumé des épisodes précédents

En 2012, Microsoft surprend son monde en lançant la Microsoft Surface, une tablette tactile conçue pour se transformer très facilement en ordinateur portable. L’objet fait une forte impression mais le choix de diviser la nouveauté en deux versions, une bridée pour le grand public (une façon de singer l’iPad), et une autre plus universelle pour les professionnels crée la frustration et la confusion. La mayonnaise ne prend pas. 

En 2013, Microsoft persiste avec la deuxième génération (la Surface 2). Avec une version toujours bridée pour les particuliers et une autre plus complète et plus puissante pour les professionnels. La mayonnaise ne prend pas vraiment mieux. 

En 2014, la firme sort la troisième génération mais cette fois composé d’un seul modèle, le Surface Pro 3. L’accueil étant plus chaleureux, Microsoft commence à évoquer un chiffre d’affaire en forte hausse pour toute sa gamme avec un dernier modèle se vendant deux fois plus rapidement que le précédent. La version grand public de Surface semble abandonnée. Erreur car... 

En mai 2015, Microsoft introduit la Surface 3. 

En 2015 encore, Microsoft pourrait bien introduire la Surface Pro 4, mais chut, c’est encore un secret d’Etat. 

Jean-Charles Canet