"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui regardent et laissent faire !" Albert Einstein

PIKACHU EST-IL UN AGENT DE LA NSA?


Juriste spécialisé dans le droit des technologies, François Charlet estime que le jeu «Pokémon Go» n’est pas si anodin qu’il en a l’air.

Il faut créer un compte bidon…» François Charlet, juriste

Vous dites que la NSA – les services secrets américains – peut remercier la société Niantic et l’application «Pokémon Go», car elles permettent la «géolocalisation de la moitié des humains de cette planète». Quelle menace percevez-vous? C’est de l’ironie. Je n’ai pas de preuve que la NSA est «branchée» sur le serveur de Niantic, qui est derrière le jeu «Pokémon Go». Mais il s’agit d’une société américaine, basée sur territoire américain, et la NSA peut donc avoir accès facilement aux données de toutes les connexions. Quand on voit le succès du jeu depuis son lancement, je suis certain que les dirigeants de la NSA se disent que c’est une application géniale pour recueillir une masse de données. Je n’ai pas de preuve, c’est une simple déduction.

En quoi les données de ce jeu anodin peuventelles servir à des opérations de surveillance? Pour jouer à «Pokémon Go», il faut se connecter avec un compte Google. Cela signifie que Niantic peut avoir accès à nos comptes Google et à d’autres données que celles du jeu lui-même. C’est pourquoi il ne faut pas se connecter avec son compte personnel, mais créer un compte bidon, vide, sans adresse, pour protéger ses données personnelles. On peut penser que le jeu «Pokémon Go» est davantage destiné à des opérations commerciales? Oui, mais la question du partage des données avec des tiers n’est pas claire. Avec qui? Quoi? Comment? En lisant les conditions générales, cela reste très vague. Niantic peut les transmettre à des entreprises, mais aussi à des gouvernements ou à des Etats. Il faudrait que les utilisateurs sachent plus précisément qui y aura accès.

Le parcours des personnes qui chassent des Pokémon ne semble pourtant pas si intéressant? Pas forcément. Mais, quand quelqu’un active sa géolocalisation, après une semaine, on peut savoir où il habite, où il travaille, les commerces devant lesquels il passe, les cafés où il s’arrête, etc. Quand on se connecte, on fournit un nombre important d’informations dont on ne soupçonne pas le potentiel d’utilisation.



La fonction de géolocalisation n’est pourtant pas apparue avec «Pokémon Go»… Non, mais toutes les applications qui collectent des données sont problématiques. Ici, cela touche les mineurs. On collecte des données pour constituer des profils de consommateurs. Les enfants seront confrontés toute leur vie à l’évolution de ces techniques. C’est pour cela qu’il ne faut pas jouer avec un compte personnel.

ÉRIC FELLEY